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TDAH et TCA : comprendre les troubles du comportement alimentaire

par Catherine
7 minutes
TDAH et TCA

Par l’équipe TDAH.io et Catherine Testa, autrice de « TDAH et alors ? » (Michel Lafon, 2024), diagnostiquée TDAH à 34 ans.

Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est parfois accompagné d’autres troubles, dont les troubles du comportement alimentaire (TCA). Cette comorbidité peut compliquer la gestion des symptômes du TDAH et affecter la qualité de vie des adultes concernés.

Quel est le lien entre TDAH et TCA ?

« Pendant des années j’ai alterné des crises de boulimie, d’hyperphagie, et j’ai eu un rapport à la nourriture complètement dysfonctionnel. J’ai vu des diététiciens, des nutritionnistes, j’ai été accompagnée pendant des années mais je savais bien que la théorie et que ce qu’on me disait ne suivait pas la pratique. Je n’avais pas de problème de compréhension des protéines, des calories, etc. mais des crises compulsives qu’on mettait sur le compte des émotions. Mais je sentais que ce n’était pas ça. C’est quand on m’a diagnostiqué un TDAH que j’ai compris d’où venaient mes troubles du comportement alimentaire. »

Quelle est la prévalence des TCA chez les adultes avec un TDAH ?

Les études montrent que les personnes atteintes de TDAH sont plus susceptibles de développer des troubles du comportement alimentaire.

Une méta-analyse de 2016 portant sur 12 études a révélé que le risque de développer un TCA chez les personnes atteintes de TDAH est multiplié par 3,8 par rapport à la population générale. Inversement, le risque de présenter un TDAH chez les personnes souffrant de TCA est multiplié par 2,5 (Nazar et al., 2016).

Quels sont les différents types de TCA ?

Trois troubles du comportement alimentaire sont particulièrement associés au TDAH : l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie boulimique.

TCA Définition
Anorexie Se caractérise par une restriction alimentaire sévère et une peur intense de prendre du poids.
Boulimie Implique des épisodes de frénésie alimentaire suivis de comportements compensatoires tels que le vomissement provoqué.
Hyperphagie boulimique Se manifeste par des épisodes de suralimentation sans comportements compensatoires.

Pour aller plus loin sur l’un de ces troubles, lisez TDAH et hyperphagie boulimique.

Que disent les études sur le TDAH et les TCA ?

De nombreuses études soulignent le lien entre TDAH et TCA.

  1. Étude de Nazar et al. (2016)
    Cette méta-analyse a démontré que le risque de développer un TCA est multiplié par 3,8 chez les personnes atteintes de TDAH. Les résultats soulignent l’importance de surveiller les comportements alimentaires chez les patients TDAH.
  2. Étude de Kessler et al. (2006)
    Cette étude a révélé que les adultes atteints de TDAH sont plus susceptibles de souffrir de troubles du comportement alimentaire que la population générale, mettant en évidence la nécessité d’une prise en charge spécifique pour ces patients.
  3. Étude de Sobanski (2006)
    Sobanski a montré que la présence de TDAH augmente le risque de développer des troubles du comportement alimentaire, en particulier chez les femmes, qui sont plus susceptibles de souffrir d’anorexie et de boulimie.

TDAH et TCA : les raisons possibles

Les personnes ayant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité peuvent être plus à risque de développer de l’anorexie ou d’autres troubles de l’alimentation pour plusieurs raisons interconnectées :

  1. Impulsivité et comportements alimentaires désordonnés
    Les individus avec TDAH peuvent présenter une impulsivité accrue, ce qui peut se manifester par des comportements alimentaires désordonnés. Par exemple, ils peuvent sauter des repas, manger de façon irrégulière, ou faire des choix alimentaires impulsifs. « Je mange quand j’ai envie de ce dont j’ai envie ! »
  2. Problèmes de planification
    Les difficultés de planification associées au TDAH peuvent rendre difficile l’adoption de comportements alimentaires réguliers et sains. Cela peut inclure des oublis de manger ou une incapacité à planifier des repas équilibrés, ce qui peut entraîner des habitudes alimentaires désordonnées. « Faire les courses, anticiper, avoir une liste, c’est juste impossible pour moi. Je vois au jour le jour ! »
  3. Problème d’organisation et de rapport au temps
    Envisager les conséquences dans le futur est difficile pour beaucoup de personnes concernées par un TDAH. « Parfois, je suis tellement focus sur un sujet que j’oublie de manger… Et à 18h, je fais une crise. En soit, c’est normal, je n’ai rien mangé de la journée. Mais comme je n’ai pas anticipé, je me précipite sur le premier truc qui me tombe sous la main. » « J’oublie de manger. Ce n’est pas de l’anorexie, c’est que manger est de l’ordre du théorique. Mon mari m’oblige à manger quand il voit que j’ai oublié. Et j’ai mis une alarme pour quand je suis seule. »
  4. Difficultés de régulation émotionnelle
    Le TDAH peut être associé à des difficultés de régulation émotionnelle, ce qui peut conduire à utiliser la nourriture comme un moyen de « compenser ». « Je sais que certains utilisent la nourriture pour gérer le stress, l’anxiété, ou d’autres émotions négatives. Pour moi, la nourriture c’est ma dose de dopamine ! Les journées où je n’ai rien vécu d’intéressant, j’ai l’impression que c’est comme ça que mon cerveau compense ». Dans certains cas, cela peut évoluer vers des comportements restrictifs comme l’anorexie pour tenter de contrôler ces émotions. « Je suis passée par des périodes d’anorexie. J’avais l’impression de « contrôler » les choses. J’avais l’impression que même si tout le reste m’échappait, j’avais prise sur quelque chose ».
  5. Faible estime de soi et image corporelle
    Les personnes avec TDAH peuvent avoir une faible estime de soi en raison des défis constants qu’elles rencontrent dans divers aspects de leur vie (académique, social, professionnel). Cette faible estime de soi peut les rendre plus vulnérables aux préoccupations concernant l’image corporelle et à développer des comportements alimentaires restrictifs.
  6. Comorbidités
    Le TDAH s’accompagne parfois d’autres troubles tels que la dépression et l’anxiété, qui sont des facteurs de risque connus pour les troubles de l’alimentation. La présence de ces comorbidités peut aggraver les risques de développer des comportements alimentaires malsains. Pour approfondir, lisez les comorbidités du TDAH adulte.
  7. Influence des traitements médicamenteux
    Certains médicaments utilisés pour traiter le TDAH, en particulier les stimulants, peuvent réduire l’appétit, ce qui peut indirectement contribuer à des comportements alimentaires restrictifs et, potentiellement, à l’anorexie.

L’impact des TCA sur le TDAH

Les TCA peuvent aggraver les symptômes du TDAH et compliquer la gestion de ce trouble. Les comportements alimentaires désordonnés peuvent entraîner des carences nutritionnelles, affectant ainsi la concentration, l’humeur et les niveaux d’énergie.

De plus, les troubles alimentaires peuvent exacerber les sentiments d’impulsivité et de perte de contrôle, créant un cycle difficile à briser.

Comment gérer un TCA quand on a un TDAH ?

  1. Médication
    De nombreuses personnes concernées rapportent une nette amélioration de leurs compulsions grâce au médicament. Les médicaments stimulants pour le TDAH peuvent aider à réguler les symptômes d’inattention et d’hyperactivité, et donc permettre aux personnes atteintes d’anorexie, de boulimie ou d’hyperphagie de mieux vivre leur rapport à la nourriture.
  2. Groupes de soutien
    Rejoindre des groupes de soutien pour le TDAH et les TCA peut fournir un espace sûr pour partager des expériences et obtenir du soutien émotionnel. « Depuis mes 18 ans, je vis des crises d’hyperphagie ou de boulimie vomitive. Personne ne le sait dans mon entourage. Le jour où j’ai participé à mes premiers groupes de paroles sur le sujet, ce fut une libération. J’ai été soulagée d’un poids : j’ai pu le dire. Et surtout, je n’ai pas été jugée. J’ai compris que je n’étais pas « la grosse qui ne mange pas assez de légumes » ou comme « la grosse qui ne sait pas se contrôler ». Les groupes de parole ont sans nul doute été le plus important dans mon parcours. »
  3. Thérapie nutritionnelle
    Travailler avec un diététicien ou nutritionniste spécialisé dans les troubles alimentaires ET le TDAH peut aider à établir des habitudes alimentaires saines et à gérer les comportements alimentaires désordonnés. Des études sont menées concernant le rôle de l’alimentation dans le TDAH (protéines, safran, etc.).
  4. Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
    La TCC peut être efficace pour traiter les TCA et le TDAH. Elle aide les individus à identifier et à modifier les pensées et comportements négatifs, et à développer des stratégies de gestion du stress et de l’impulsivité. Mais encore une fois, il est important de bien considérer votre neuro-atypie.
  5. Cadre de vie
    Adapter son cadre de vie et mettre en place de nouveaux repères pour gérer son alimentation peut aider. Routines, recettes faciles à cuisiner, soutien de l’entourage, etc.

Que retenir sur le TDAH et les TCA ?

Les troubles du comportement alimentaire sont une comorbidité fréquente chez les adultes atteints de TDAH, avec une prévalence significative et un impact majeur sur la qualité de vie.

Comprendre son TCA et mettre en place des stratégies de gestion efficaces est crucial pour améliorer son bien-être.

Si vous pensez souffrir de TDAH et de TCA, il est important de consulter un professionnel de la santé pour un diagnostic et un plan de traitement adaptés.

Rendez-vous sur les réseaux sociaux pour témoigner ou catherine@tdah.io

Notre article TDAH et anorexie approfondit ce lien.

Au quotidien, lisez aussi TDAH et alimentation : le chaos des repas.

FAQ : vos questions sur le TDAH et les TCA

Le TDAH augmente-t-il le risque de TCA ?

Oui. Une méta-analyse de 2016 a montré que le risque de développer un TCA est multiplié par 3,8 chez les personnes atteintes de TDAH, et inversement le risque de présenter un TDAH chez les personnes souffrant de TCA est multiplié par 2,5 (Nazar et al., 2016).

Quels sont les 3 principaux types de TCA associés au TDAH ?

L’anorexie (restriction alimentaire sévère et peur intense de prendre du poids), la boulimie (épisodes de frénésie alimentaire suivis de comportements compensatoires) et l’hyperphagie boulimique (épisodes de suralimentation sans comportements compensatoires).

Pourquoi le TDAH favorise-t-il les TCA ?

Plusieurs facteurs interconnectés sont en cause : l’impulsivité, les difficultés de planification, le rapport au temps, la régulation émotionnelle, une faible estime de soi, les comorbidités comme la dépression ou l’anxiété, et parfois l’effet des traitements stimulants sur l’appétit.

Comment traiter un TCA associé à un TDAH ?

La prise en charge combine généralement la médication du TDAH, des groupes de soutien, une thérapie nutritionnelle spécialisée et une thérapie cognitivo-comportementale, adaptées à la neuro-atypie de la personne.

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Pourquoi les adultes avec TDAH ont-ils plus de troubles du Comportement Alimentaire - TDAH 6 juillet 2024 - 18h14

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